Franchir le cap des 27 ans pour un garçon et les 25 ans pour une fille constitue une étape marquante dans la vie des jeunes, un moment où ils sont amenés à se redécouvrir, à clarifier leurs aspirations profondes et à prendre des décisions cruciales pour leur avenir. C’est également une période de transition, souvent caractérisée par une remise en question de soi, une réévaluation des priorités personnelles et professionnelles, ainsi qu’une révision des objectifs de vie. Cependant, en République Démocratique du Congo, cette étape revêt une signification encore plus grande. Les jeunes doivent désormais faire face à une pression sociale croissante.
Atteindre ces âges susmentionnés entraîne des questions incessantes de la part de l’entourage : « Quand te maries-tu, comme ton collègue ou ton amie ? Quand auras-tu un enfant ? Quand fonderas-tu une famille ? Quand trouveras-tu un emploi ? Quand quitteras-tu le domicile familial ? Tu ne postules pas aux prochaines élections ? Quel politicien soutiens-tu ? Quel genre d’alcool préfères-tu ? Quand commenceras-tu l’entrepreneuriat, comme un tel ? Tu vas gâcher ta vie. » Ces interrogations et tant d’autres, souvent répétées et constantes, peuvent peser lourdement sur les jeunes, exacerbant ainsi la pression dans un pays où l’accès à l’emploi reste un problème.
Quand la pression sociale motive les décisions
Face à cette situation, certains jeunes se lancent dans une quête désespérée de solutions rapides pour échapper à cette pression sociale. Certains prennent des décisions impulsives, comme se marier sans être prêts financièrement ou sans connaître les bases de la compatibilité sanitaire entre conjoints, tandis que d’autres deviennent parents sans être prêts à assumer cette responsabilité. Certains adoptent une attitude de jalousie et de frustration envers ceux de leur entourage qui semblent avoir atteint ce que la société considère comme la réussite, tandis que d’autres, accablés par le chômage, se tournent vers la délinquance ou les paris sportifs. Certains sombrent dans la dépression, d’autres se réfugient dans l’alcool et la drogue pour fuir leur réalité, tandis que d’autres choisissent de s’associer à des politiciens en portant leurs mallettes, ou en pratiquant le culte de la personnalité, dans l’espoir d’obtenir quelques avantages en retour.
Il n’y a rien à faire ? Ok, mais cela vous coûtera cher !
« Le monde est fait ainsi », diront certains. Pour autant, au-delà de ces comportements, combien sont réellement ceux qui se questionnent sur la corrélation entre cette pression sociale et la perception collective de la notion de « réussir sa vie » dans un pays riche comme la RDC, où le peuple est pauvre, moins exigeant envers ses autorités et ne mesure pas pleinement l’importance ni le potentiel immense de leur pays sur la scène internationale ? Combien prennent conscience de l’impact qu’une telle pression sociale, fondée sur des telles commodités, peut avoir sur l’état d’esprit des jeunes, qui représentent l’avenir de demain ? Petite analyse de la perception collective de « réussir sa vie » dans une société où tout est politisé.
Une société politisée sur toute la ligne
« Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout. » Cette célèbre citation de Nicolas Machiavel prend tout son sens dans le contexte congolais, où tout semble être politisé. En effet, la politique imprègne presque tous les aspects de la vie quotidienne, et les politiciens, toujours sous les projecteurs, dictent les orientations et la marche à suivre. Cette classe politique, dont la majorité est au pouvoir depuis l’ère Mobutu, a régulièrement intégré les nouvelles structures politiques, créant ainsi, ce que nous pouvons appeler dans ce blog, « un phénomène de rotation des mêmes élites au pouvoir » en République Démocratique du Congo.
Une attitude qui façonne la mémoire collective
En prenant un peu de recul, il devient évident que cette classe politique joue un rôle majeur dans le conditionnement mental de la société. Bien qu’elle ne soit pas à l’abri de critiques concernant la corruption, la mauvaise gestion des priorités face aux besoins urgents de la population et une crise du leadership, elle demeure la plus riche du pays, alors que le vécu quotidien du peuple ne s’améliore pas (persistance de l’insécurité, pas d’accès à l’eau, aux soins de santé de qualité, à l’électricité, un système éducatif défaillant, etc.) Un tel écart social peut-il réellement passer inaperçu dans la mémoire collective ?
L’exhibition des biens matériels par les mêmes politiciens ou leurs proches, tels que les véhicules, les billets de banques et les maisons, comme des symboles de réussite personnelle et collective, ne risque-t-elle pas d’encourager les citoyens à associer la valeur personnelle au statut matériel ? Devons-nous encore être surpris de constater qu’aujourd’hui, presque tout le monde semble vouloir devenir politicien au pays de Lumumba ? Est-ce, tout le monde veut devenir politicien dans l’objectif de participer au développement du pays ou simplement pour satisfaire des intérêts personnels ? Aucune réponse n’est moins sûre. Dans ce blog, je m’abstiens de parler de la responsabilité des enseignants d’université, des musiciens et des leaders religieux dans ce conditionnement mental qui lie la notion de « réussir sa vie » à des commodités matérielles. Cependant, il est indéniable qu’ils jouent un rôle important dans ce phénomène.
Que doit faire la jeunesse
Malgré les défis évoqués précédemment, la jeunesse doit prendre pleinement conscience de son rôle essentiel en tant que leader de demain, en charge de la gestion du pays et de sa réintégration dans la sphère des grandes nations. Cela implique de conjuguer sacrifice, intégrité et engagement, tout en se rappelant les paroles mémorables de notre héros national, Emery Patrice Lumumba, dans sa dernière lettre à sa femme Pauline Opanga, avant son assassinat : « L’avenir du Congo est beau et attend de chaque Congolais d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction. »
Pour faire face à la pression sociale et au conditionnement mental qui associent la réussite à des commodités matérielles, la jeunesse doit faire preuve de sagesse et de réflexion, afin de concilier ses aspirations personnelles avec ses responsabilités en tant que future gestionnaire du pays. Elle doit privilégier l’équilibre entre vie privée et obligations envers la société pour contribuer au changement.
Quelle jeunesse aujourd’hui pour le Congo de demain ?
La jeunesse doit se sacrifier pour son pays, et en agissant ainsi, elle participe, souvent à son insu, au bien-être de ses parents, de ses frères et sœurs, et de toute sa communauté. Ce sacrifice ne doit admettre aucune compromission et doit se manifester par des actions résolues, guidées par l’intégrité et la solidarité, sans céder aux divisions tribales. Tenez, cela peut s’agir, de s’opposer à l’accumulation excessive de biens acquis par des moyens douteux, et de privilégier un travail honnête et acharné pour le bien de la nation.
En agissant ainsi, la jeunesse contribuera au changement de mentalité et à la redéfinition de la notion de « réussir sa vie ». Dans cette dynamique que nous qualifions dans ce blog de « nouveau modèle de patriotes pour le Congo de demain », il est essentiel de s’inspirer de la vision de l’économiste congolais Amsini Matata, qui a toujours prôné l’idée de considérer comme modèles de réussite, entre autres :
• Un enseignant intègre et engagé dans la formation des futures élites ;
• Un militaire ayant sacrifié sa vie pour son pays, comme le colonel Mamadou Ndala ;
• Un médecin dévoué au bien-être de ses patients ;
• Un homme ayant œuvré pour la dignité de la patrie, tel Emery Patrice Lumumba ;
• Un politicien intègre vivant dans la modestie, incarnant un leadership responsable, un sens du sacrifice et une véritable responsabilité envers son peuple et son pays ;
• Un musicien qui s’abstient de chanter des insanités et utilise son art pour la conscientisation des masses.
L’avenir nous accusera
Cependant, si la jeunesse continue de lier la réussite à une quête incessante de biens matériels et à la satisfaction d’intérêts personnels, sans considérer le bien-être collectif, l’avenir du pays sera gravement menacé. Au-delà d’un simple blog de réflexion, ceci constitue également un appel au patriotisme pour le bien de la nation. Si ce changement n’a pas lieu, la RDC, déjà fragilisée par les nombreux cycles de défis qu’elle rencontre depuis des décennies, risque de s’enfoncer davantage, et les générations futures, plus éclairées et intègres que nous, ne nous pardonneront pas.
Elles nous demanderont : « Où étiez-vous lorsque ce pays, riche de tant de ressources, a sombré dans l’abîme ? Que faisiez-vous alors que tout se détériorait ? » Muets, pensifs, honteux, accablés par le poids de la conscience, de l’âge, et des maladies liées à des habitudes néfastes, d’un parcours humain marqué par le laxisme, l’alcool et une mauvaise hygiène de vie, que répondrons-nous à de telles questions ? À chacun de se projeter dans ce scénario !