Le parcours de la vie est jalonné d’épreuves qui mettent à rude épreuve le bien-être et la santé mentale. Maladies, parfois idiopathiques, héréditaires, incurables, échecs, prières restées sans réponse, souffrance d’un proche, calomnies, perte d’emploi, factures impayées, déceptions amoureuses ou encore disparition d’un être cher… Avec l’âge, chacun accumule son lot de regrets et d’inquiétudes. Face à ces tourments, comment tenir bon ? Faut-il se réfugier dans la prière ? Refuser de regarder la réalité en face ? Se laisser submergé par la dépression ? Trouver du réconfort dans la musique, la méditation, les larmes, l’alcool, la cigarette, la drogue… ou le sport ? Rien n’est moins sûr ! Et si nous explorions le pouvoir du sport, particulièrement de la course à pieds ?
« Je suis comme un cycliste qui grimpe une pente raide, qui a à gauche et à droite des précipices. Il est obligé de pédaler ; de continuer de pédaler, sinon il tombe. »
Thomas Sankara
Ces phrases, prononcées quelques mois avant sa mort, nous offrent une entrée de plain-pied pour aborder un sujet plutôt éclectique. Un parallélisme s’impose entre notre sujet et les paroles marquantes de cet homme, dont le parcours d’intégrité, de sacrifice et de discipline a profondément façonné ma vie en tant qu’individu.
En effet, les paroles de Thomas Sankara et notre sujet partagent un point commun : la résilience face aux difficultés de la vie. L’idée centrale dans les deux cas est celle de la vie comparée à un cycle perpétuel semé d’embûches, où la persévérance face à l’adversité devient une nécessité pour continuer à avancer. Dans ce contexte, il s’agit de développer la capacité à ne pas se laisser submerger, que ce soit en pédalant ou en utilisant des solutions comme le sport pour trouver un exutoire.
Que dit la science ?
Pour la majorité d’entre nous, le sport est considéré comme une simple activité de détente. Pourtant, pour la science, il possède une portée bien plus complexe. Bien que je ne souhaite pas m’attarder sur l’histoire du sport ou sur son influence sur le mental, il est essentiel de rappeler que ces aspects ont été largement explorés par de nombreux chercheurs. De notre côté, nous nous intéressons plus spécifiquement à la manière dont le sport, particulièrement la course à pieds peut aider l’individu à surmonter ses peines. N’étant pas un expert en la matière, je vais d’abord me concentrer sur l’approche scientifique, avant de partager mon expérience personnelle, notamment sur la façon dont la course à pied m’a permis de franchir plusieurs étapes marquantes de ma vie.
Plusieurs scientifiques notent que le sport aide beaucoup à gérer nos émotions et peut être un excellent moyen de garder un esprit équilibré. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il active des mécanismes dans notre cerveau qui nous aident à comprendre et à gérer nos émotions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé le Dr John Ratey, psychiatre et professeur à la Harvard Medical School, lors de ses conférences : « L’exercice est la meilleure chose que vous puissiez faire pour votre cerveau en termes d’humeur, de mémoire et d’apprentissage. » On constate l’impact direct de l’activité physique sur notre bien-être mental.
Faire du sport régulièrement libère des endorphines, des substances dans le cerveau qui nous font nous sentir bien et aident à détendre notre corps et notre esprit. Elles sont aussi utiles pour réduire la douleur et gérer nos émotions. En plus, pratiquer une activité physique booste la confiance en soi, améliore l’image que l’on a de son corps et donne un sentiment de réussite. Cela aide à mieux gérer le stress et les émotions négatives.
Un autre scientifique réputé, Dr. Kelly McGonigal, auteur du livre The Joy of Movement, nous encourage à bouger régulièrement. Elle affirme : « When you move your body, you change your brain, and you change your life. » Ce qui pourrait se traduire en français par : « Lorsque vous bougez votre corps, vous changez votre cerveau et vous changez votre vie. » Pour sa part, la journaliste scientifique Val de Decanthon, le sport aide à contrôler ses émotions. « En se concentrant sur les mouvements ou les objectifs, les sportifs apprennent à gérer leurs émotions et à se débarrasser des pensées négatives. Cela les aide à mieux gérer le stress et la pression, et à avoir un esprit plus calme et positif ».
De ce qui précède, l’exercice physique ou simplement le mouvement a un pouvoir transformateur, non seulement en améliorant notre bien-être mental, mais aussi en apportant un véritable changement dans notre vie en modifiant notre cerveau. Le sport a également des bienfaits dans la lutte contre l’obésité et la prévention des maladies non transmissibles émergentes telles que le diabète et l’hypertension.
De l’ambition à l’échec : Comment la quête de la réussite peut détruire
Pour le chercheur Cording, les hommes ambitieux, toujours poussés par leur désir de réussir et les efforts constants qu’ils déploient pour avancer, rencontrent souvent de nombreux obstacles. Ils prévoient les défis, organisent leur avenir et fixent des objectifs à long terme. Cependant, l’échec d’un projet auquel ils ont consacré toute leur énergie, leur temps, leur argent et une part de leur être peut être extrêmement dévastateur, d’autant plus que les curseurs étaient placés très haut. Selon le manuel MSD, cet échec peut entraîner des problèmes comme la dépression, l’anxiété, le stress, l’insomnie et d’autres troubles difficiles à expliquer. Leur esprit devient tourmenté et leur corps, accablé par l’échec, perd l’équilibre.
Des affections comme le surmenage, la sinusite, l’hypertension intracrânienne idiopathique, des troubles de la vision, des douleurs corporelles persistantes, des variations de poids inexpliquées, des céphalées de tension continues, le paludisme, et bien d’autres peuvent se manifester. Tout cela affaiblit leur système immunitaire, rendant leur corps vulnérable à de nombreuses pathologies. En plus de cela, leur confiance en eux s’effondre, ravivant des sentiments négatifs, des déceptions et des souvenirs douloureux enfouis dans leur subconscient. Ce tourbillon les consume, perturbant leur bien-être et leur santé mentale.

Réparer l’âme et renforcer le corps
Entre 2022 et 2023, deux échecs ont profondément marqué ma vie. Ces épreuves m’ont offert une prise de conscience accrue sur l’éphémérité de la vie, des relations humaines et l’importance fondamentale de la famille. Elles ont également mis en lumière les limites et les illusions que peuvent représenter certaines pratiques religieuses et dogmes. Ces expériences ont agi comme un catalyseur pour renforcer ma liberté d’esprit et m’ont permis de redécouvrir l’importance du travail. Elles m’ont appris à prendre soin de moi, à ne jamais négliger ma santé mentale et physique, et à devenir plus conscient de mon état de santé et de mes signes vitaux. J’ai aussi appris à être plus rigoureux dans mes choix alimentaires et mes habitudes de vie.
Et comme je le dis toujours, chaque épreuve, aussi douloureuse soit-elle, peut devenir une source de transformation profonde. J’ai également découvert la naturopathie et la médecine holistique, que j’ai appris à apprécier et à approfondir. J’en suis sorti avec un mental d’acier, une grande résilience et une détermination nouvelle. Bref, les moments difficiles forgent l’homme (je préfère ne pas m’étendre davantage sur ce sujet ici, mais j’en parlerai dans un futur blog). Cependant, dans ma quête désespérée de mieux-être, j’ai trouvé dans le sport, et particulièrement dans la course à pied, une véritable force.
Me sentir bien, et à tout prix
Au début, j’ai commencé la course à pied dans le but de perdre quelques kilos. Mais après seulement deux séances sur le boulevard du 30 juin à Kinshasa, le week-end, j’ai découvert qu’au-delà de la transpiration, la course à pied me permettait de me libérer complètement, de me soulager comme jamais auparavant. C’était comme si mon esprit et mon cerveau se débarrassaient du poids qui pesait sur eux. À ce moment-là, j’ai commencé à me poser des questions : qu’est-ce qui se cache derrière cette pratique ? Pourquoi éprouve-t-on un tel soulagement soudain et la réduction des maux et des malaises ?
Dans l’intervalle, j’ai décidé de changer d’air en me rendant à Bukavu, ma ville natale. Une fois là-bas, je me suis lancé un défi : faire au moins 20 000 pas en course à pied, répartis en 10 000 entre 5h50 et 6h30, et 10 000 autres entre 17h30 et 18h20, tous les lundis, mercredis et vendredis. Au départ, l’objectif était de perdre encore plus de poids et d’explorer cette sensation étrange qu’est la course à pied. C’était une nouvelle ambition élevée, qui demandait d’énormes sacrifices. Allais-je réussir ? Je ne savais pas, mais une chose était certaine : je voulais me sentir bien, et à tout prix. Alors, je me suis lancé !
La course à pied, une thérapie négligée
L’habitude devenant une seconde nature, chaque matin et chaque soir, j’escaladais courageusement, seul, les escaliers reliant deux institutions de la place : l’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR) à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM). J’ai commencé cet exercice en avril 2023, et vers août de la même année, je pouvais déjà ressentir des améliorations notables en moi. Je ne me suis jamais senti aussi bien, tant mentalement que physiquement, qu’après mes sessions de course à pied. Une vraie thérapie.
À chaque pause que je m’accordais, mon esprit se remplissait d’une créativité débordante, et c’est à ces moment-là que j’ai commencé à concevoir mon projet de recherche doctorale. J’ai entrepris de reconstruire ma vie, d’adopter de nouveaux principes qui me guident aujourd’hui, et de remettre en question certaines idées reçues. J’ai pris le temps de revisiter toutes les erreurs commises, qu’elles soient dues à un manque d’expérience, à la naïveté, à l’indiscipline, à ma bienveillance outrée ou simplement aux erreurs liées à l’âge. Mon sommeil, autrefois perturbé par l’insomnie et limité à seulement deux heures sans sommeil paradoxal en plus, est devenu de plus en plus profond et réparateur. Au moins 8 heures par nuit. Avec, à la clé, d’autres bienfaits et amélioration sur le plan de la santé. C’était un peu comme un processus de renaissance : Moi, un guerrier éprouvé, brisé, tel un sphinx qui renaît de ses cendres.
Des leçons et des conseils
C’est indéniable, la course à pied m’a beaucoup aidé. J’ai commencé à ressentir ses bienfaits après quatre mois de routine, mais c’est après une année à maintenir le même rythme que j’ai retrouvé mon équilibre. Ces séances de course ont renforcé ma discipline, mon endurance, ma résilience et m’ont permis de me sentir bien. Bien que je pratiquais occasionnellement la natation, le calisthénie et le karaté, c’est la course à pied qui a été le déclencheur principal.
D’autres jeunes frères ont suivi mon exemple dans ce sport ; aujourd’hui, l’un d’eux est devenu un véritable couteau suisse pour son équipe de basket à l’Entente urbaine de Basket de Bukavu, et un autre, qui peinait à surmonter la perte de son père, a retrouvé son équilibre grâce, entre autres, à la discipline et à la rigueur de ce sport. Il poursuit toujours avec une grande intensité. Si vous traversez vous aussi des moments difficiles, je vous invite à essayer la course à pied, si votre santé le permet, ou à défaut, la marche. Habituez votre corps à la fatigue, à l’endurance et à la douleur du sport. Cela vous aidera à forger un esprit plus résilient, à prévenir certaines pathologies et à surmonter certaines épreuves de la vie.